Pas AVEC moi mais POUR moi !!

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– Ce serait bien qu’on puisse faire collaborer tes gestionnaires de compte en mode brainstorming sur la transformation digitale de ton département, dit Alison, chargée de projet.
– Mais pourquoi veux-tu les solliciter ?, lui rétorque Eric, directeur des opérations. Tu vas retirer très peu d’informations pertinentes en les faisant participer, ils ne sont pas habitués à ce genre de méthodes. Et puis ça risque d’être du temps perdu, ils ont une charge de travail quotidienne importante à absorber.
– Mais comment recueillir les besoins si on ne les interroge pas ? lui demande Alison.
– Allons à l’essentiel, je vais te dire ce qu’il faut faire pour transformer mon département, j’ai préparé une liste de solutions depuis plusieurs mois, tu n’auras plus qu’à les mettre en oeuvre.
– Je ne comprends pas comment ton staff va s’approprier les nouvelles méthodes et outils si ça ne vient pas d’eux ? s’interroge Alison.
– Ils ont confiance en moi et ça fonctionne très bien comme ça depuis plusieurs années, lui dit Eric. Tu sais, je ne veux pas la révolution dans mon département…
– Bizarre, lui rétorque-t-elle, ce n’est pas du tout l’idée que je me faisais de travailler avec toi.
– Je t’arrête tout de suite, lui dit Eric. Tu ne travailles pas AVEC moi, tu travailles POUR moi, pour MON projet.
– Je ne partage pas du tout la même vision, répond Alison, allons voir Steve, notre directeur, pour tirer tout ça au clair ….

Le monde domestique face au monde du projet

Pour gérer cette situation conflictuelle et sortir du statu-quo, Steve devra probablement se référer à la théorie des mondes de Boltanski et Thévenot évoquée dans un précédent post et chercher un compromis entre 2 collaborateurs qui lui sont précieux, qui lui ont apporté satisfaction jusqu’alors et dont il a fait ses 2 piliers pour son nouveau projet.

Eric, son directeur des opérations, a de la bouteille et s’est sorti de manière brillante de situations complexes grâce à un management directif : il considère que ça fonctionne si il y a un “capitaine à la barre”. Il a une équipe de collaborateurs loyaux et bienveillants, tous animés d’un sens du devoir fort. Quand une parole est donnée, elle est donnée. Et cela n’a rien à voir avec le fait qu’Eric soit plus âgé qu’Alison. C’est simplement qu’Eric tire ses valeurs du “monde domestique”, structuré autour d’une hiérarchie forte et un positionnement clair sur cette échelle.

Alison, la chargée de projet à laquelle Steve a confié la transformation digitale de l’entreprise appartient bien évidemment au “monde du projet”. Elle trouve insensé de ne pas interroger les personnes concernées et de préjuger de ce que sera la restitution de ces ateliers. Selon elle, collaboration, participation et polyvalence sont des éléments essentiels pour engager une transformation quitte à perturber de manière significative le quotidien de l’entreprise.

Comprendre les enjeux, préserver les équilibres

Steve pourra également compléter son diagnostic par une identification des rapports de pouvoir entre Eric et Alison si cela apparaît pertinent. Dans tous les cas, la formalisation de leurs contraintes et enjeux respectifs viendra enrichir le tableau.

Pour activer ce projet si important pour son entreprise, Steve aura à relever un défi de taille : intégrer de nouveaux éléments tout en préservant les équilibres existants sans générer d’effets de bord. A lui de trouver des passerelles entre les mondes d’Eric et d’Alison, de pratiquer une communication adaptée et spécifique à chacun, voire de s’appuyer sur une personne extérieure à cet environnement, positionnée en médiateur, pour faire passer ses messages.

Et vous, que lui conseilleriez-vous ?