4 idées préconçues lors de l’accompagnement d’un projet innovant

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Extrait d’une conversation entre un porteur de projet innovant et un consultant dans le cadre de la recherche d’un nouveau service.

“- Je n’ai aucune idée d’où on va, dit le porteur de projet.
– Lâche prise et fais moi confiance, lui répond le consultant.”

La situation semble mal engagée : elle témoigne d’un blocage, d’une incompréhension entre les 2 parties, il est fort à parier que ça va ne faire qu’empirer si aucune action forte n’est prise. Côté porteur de projet, la confiance semble perdue, c’est pourtant une composante très importante de la relation accompagné – accompagnant. Le consultant, lui, est à court d’idées : il n’a pas d’autres solutions que de l’enjoindre à lâcher prise et à lui faire confiance, ce qui témoigne d’une certaine impuissance de sa part. Pourquoi en est-on arrivé là? Il y a à mon sens des idées fausses ou préconçues sur la nature de la relation entre porteur de projet et consultant dans le cadre d’une démarche d’innovation. 4 sont présentées ici.

Idée 1 – C’est une qualité naturelle du porteur de projet de savoir lâcher prise. FAUX

Pour porter un projet, la liste des qualités attendues est longue : être convaincant – client, investisseur, management pour un projet interne -, être persuasif, persévérant, autonome, …. et savoir lâcher prise. Au sujet de cette dernière, chacun fera référence à sa propre expérience pour établir des statistiques. En ce qui me concerne, c’est du 50-50, certains des porteurs possédaient cette qualité, d’autres pas. Mais ce n’est surtout pas une fatalité. Lâcher prise s’apprend, ça passe par un travail sur soi, et ça s’inscrit dans une démarche classique de développement personnel. Ca peut aussi passer par des techniques et des exercices : ça ne s’intellectualise pas, ça se vit.

Idée 2 – La démarche d’innovation pousse progressivement le porteur de projet à lâcher prise. FAUX

Si on se place dans le contexte de l’entreprenariat innovant, Eric Ries définit la startup comme “une organisation humaine qui se développe dans un climat d’incertitude extrême”. Le parcours est semé d’embûches, sinueux. Le porteur de projet fait face en permanence à des options qui s’ouvrent et se referment dans cet océan bleu. La situation exige également qu’il soit présent sur tous les sujets, en toutes circonstances.

Dans ce contexte très incertain, ça devient même paradoxal d’attendre d’un porteur de projet qu’il lâche prise, son expérience au quotidien venant plutôt renforcer le sentiment de contrôle. Pourquoi s’en remettrait-il les yeux fermés à une personne extérieure? Qui n’aurait pas le réflexe de mettre en place une gestion du risque dans une telle situation?

Idée 3 – Dans une démarche d’innovation, c’est une perte de temps d’anticiper le(s) résultat(s). FAUX

Sous prétexte de la finalité très aléatoire du projet, ça ne servirait à rien de l’alourdir par la mise en place d’hypothétiques scénarios qui auraient peu de chance de se produire? Bien qu’on puisse décemment croire que le porteur de projet s’accorde dès le départ d’une faible probabilité de réussite, il faut envisager sa démarche d’innovation au sein d’un écosystème avec des parties prenantes : en relation avec ses associés et ses investisseurs, avec son équipe, avec ses collaborateurs, avec son management. Ces parties prenantes veulent de la visibilité sur ce qui se passera lorsque le résultat sera validé : succès ou échec. Elles attendent que des conditions soient actées au préalable lors d’un processus d’adhésion – dans une entreprise, le succès d’une innovation pourra donner naissance à une nouvelle division, un échec pourra impacter la stratégie de l’entreprise. Elles attendent également que les règles du jeu soient établies et les scénarios associés mis en oeuvre sans contestation possible.

Idée 4 – Il est illusoire de chercher à cadrer une démarche innovante. FAUX

Parce qu’il est difficile de connaître par avance le chemin que prendra un projet innovant ? Parce que les options couvrent l’ensemble du champ des possibles? Savoir saisir les opportunités qui se présentent, savoir s’adapter aux conditions en temps quasi-réel, laisser place à l’improvisation, faire preuve de souplesse font partie intégrante du processus d’innovation. Le schéma pré-établi qui décrit de manière précise toutes les étapes du projet est à proscrire et deviendra caduc au premier pivot. Mais il est néanmoins important de connaître les ressources et le temps alloués à chacune des étapes, de conserver des jalons, des étapes de validation et des objectifs clairs tant que ces éléments restent dynamiques et partagés avec toutes les parties prenantes.

Il faut de la gestion du changement dans un processus innovant – VRAI

Finalement, c’est au consultant de prendre à bras le corps la gestion du changement lors de l’accompagnement d’une démarche innovante. Cela pourra se traduire par les principes suivants :

  • Expliquer toujours et encore et même encore plus !!!
  • Rester fidèle à ses méthodes de travail : même si les animations détonnent – brainstorming, processus d’idéation, ateliers collaboratifs, serious games, … – et même si les résultats s’apparentent plus à des tendances – une indication d’intérêt, un sentiment, une impression, …- qu’à des livrables formels.
  • Analyser en amont les capacités du porteur de projet pour proposer dans la foulée un accompagnement adéquat.

L’objectif final lui reste inchangé : faire de cette relation “porteur de projet – consultant” la meilleure possible pour maximiser les chances de réussite.